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  La Chair et Le Sang
  By Thierry Supervielle
  Encore un concert à Paris! Vous êtes tombés amoureux de la capitale française ou existe-t-il une autre raison inavouée?

Non non, c'est la seule raison... Nous avons lié une relation particulière avec Paris depuis les débuts du groupe et chaque concert que nous y avons donné s'est toujours passé d'une façon délirante avec des rappels à n'en plus finir et des fans que l'on sent passionnés. Cela nous fait un bien énorme à chaque fois, une excellente thérapie (rires)...

Pourquoi, ce n'est pas le cas dans les autres pays visités?

Pas toujours, non... Je dois avouer malheuresment que les Fleshtones sont un peu passés de mode et cela me crève le coeur de jouer dans des clubs plus qu'à moitié vides ou de voir nos albums rester souvent à la porte des charts, même des plus indulgents...

Quelle est l'explication de cette désaffection du public, selon toi?

Si je le savais, j'essaierais d'y remédier! Enfin, ne va pas te faire de fausses idées : je ne me plains de rien, je ne fais pas que constater les choses. De toute façon, si j'avais voulu devenir milliardaire, il y a longtemps que j'aurais dissous les Fleshtones pour me lancer dans autre chose! Le groupe a toujours vécu chichement avec des avances et un noyau de fans fidèles : simplement ces dernières années, les avances ont été reduites et le noyau ne sera bientôt plus visible à l'oeil nu, si les choses continuent ainsi (rires)...

N'as-tu jaimais ressenti l'envie furieuse de jeter l'eponge?

Non, jamais ce serait une trop grande trahison à mes yeux. Les Fleshtones doivent exister et ce quel que soit le prix à payer! Je ne prétends pas que notre contribution au patrimonie musical rock soit d'une importance primordiale, quoique je sois plutôt fier de la plupart des albums sortis, mais d'un point de vue égoïstement personnel, qu'est-ce qu'on a pu rigoler!

Beaucoup de journalistes me demandent si je ne me sens pas trop vieux pour continuer ce rock and roll circus soir après soir : peaux de tambourin crevées à force de déconner avec hystérie collective sur scène, liste des chansons jamais respectée et sujette à bien des interprétations, etc. Sans oublier la bière qui coule à flots à chaque concert! Mais non, je me sens très bien, mon âge n'a en fait rien à voir avec ma condition physique, tant que je ne deviens pas aussi pitoyable qu'un Mick Jagger ou qu'un membre d'Aerosmith (rires)... Et puis, faire autres chose, facile à dire, mais quoi? Qui serait assez fou pour engager l'ex- chanteur des Fleshtones, l'homme qui a passé les vingt dernières années de sa vie à se trémousser devant un micro et à envoyer ses postillons sur les premiers rangs (rires)...

À cause de toi, j'ai acheté un disque que j'ai rarement écouté, vu que je ne l'aime pas beaucoup : l'album de Peter Zaremba's (Love Delegation)...

Tu plaisantes, j'espère : c'est l'un de mes albums préférés!!! En quoi ne t'a-t-il pas pleinement satisfait?

Un peu trop soul/funk à mon goût, vraiment inconsistant...

Mon Dieu (soupir de lassitude)... Il est certain que j'avais tenté avec ce groupe de faire autre chose que du Fleshtones traditionnel, de proposer un genre de musique que j'écoute beaucoup, même si cette influences n'est pas facilement décelable : je suis fou de écuries Stax et Tamla-Motown... Je possède des milliers d'albums dans ce style, et j'en découvre encore de nouveaux à chaque fois que je fouine dans les bacs à disques d'occasion.

Venons-en au petit dernier, Laboratory of Sound, l'association Fleshtones/Steve Albini en a surpris plus d'un!

Et pourtant, elle n'est pas aussi étrange qu'elle pourrait le sembler de prime abord. Steve est un home doué d'une vue d'ensemble assez étonnante, il est capable de lire dans les pensées; c'est du moins l'impression qu'il a su au contraire l'étoffer et l'enricher d'une dimension supplémentaire. Il faut remonter jusqu'à Super Hexbreaker pour retrouver une production qui me satisfasse autant.

Vous avez effectué vos premiers pas quasiment en même temps qu'une flopée d'autres très bons groupes tels que les Cramps et les Lyres. Que penses-tu de votre évolution commune?

Bonne question... Well, les Cramps sont les Cramps et resteron les Cramps jusqu'à ce que mort s'en suive (rires)! J'ai bien connu leur premier bassisite, l'inquiétant Brian Gregory. Man, il te clouait d'un regard fixe de dérangé mental qui mettait n'importe qui mal à l'aise! Quant à leur musique, elle a le mérite de résister à toutes les modes qui passent et elle cache difficilement une profond culture musicale, certes surtout axée sur les années 60. Le cas des Lyres est quelque peu différent : leur leader, Jeff Conolly, est un de mes amis les plus proches depuis bien longtemps et je trouve leur musique fantastique, bien plus près de l'os, de la vérité, que celle des Fleshtones. Ce qui était latent dans son groupe précédent, DMZ, a éclaté au grand jour avec ses Lyres. Ce groupe-là fait partie des grands, crois-moi...

Sur le dernier album, il y a cette chanson, 'I'm High On Drugs' : une confession de foi?

Pas exactement, mais je ne cache pas mon penchant pour les petites pilules multicolores. De la même manière que l'absinthe au siècle dernier agissait sur les neurones des artistes de Paris, elles développent mon potentiel créatif d'une façon qui est loin d'être négligeable...

  © 1997 Thierry Supervielle, BEST. [ Top of Page ]
   
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