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  No More Sha-La-La
  By Matthieu Lebas
  Le 24 novembre à Toulouse les Fleshtones mettaient le feu à la scène du Bikini. Rien d'anormal à ça sauf que cette fois on a atteint les onze sur l'échelle de Little Richter. Un concert à cent l'heure, de l'énergie à revendre, de celle qui fait bouger les hanches des filles et balancer la tête des mecs, tout ce qui fait la légende des Fleshtones, épurée des habituels gimmicks que leur reprochaient souvent leurs détracteurs. Un concert sans cuivres : exit Markus (sax) qui "a mieux à faire avec ses propres problèmes" et Joe (trompet) qui est sans doutes retourné à ses chères études. Les Fleshtones se retrouvent donc à quatre pour un retour aux sources plein de maturité, à la spontanéité et à l'énergie pure, une envie de retrouver le groupe des débuts, voulue par tous les membres originaux. Peut-être peut-on aussi imputer ce changement à la restabilisation de la formation. Entre Vs Reality et Forever Fleshtones, les bassistes et la section de cuivres étaient en constant "turnover". Déjà l'arrivée de Ken Fox pour "Living Legends" sur Powerstance et à temps complet sur Forever Fleshtones ("Beautiful Light" aux USA), semblait avoir remis le groupe sur les rails d'une entente indispensable à la vie de tout groupe.

Les New Yorkais semblent avoir trouvé une nouvelle maturité musicale tout autant qu'au niveau de l'écriture des morceaux. La plupart des gens en restent à l'image "sha-la-la-yeah-yeah! big party" alors qu'une écoute plus attentive révèle depuis un certain temps déjà une amertume et une lucidité qu'on ne peut décemment attendre d'un groupe de teenagers. Déjà dans "Pocketfull of Change" sur Forever Fleshtones, on pouvait entendre "J'ai échangé ma vie contre quelques bons souvenirs et une poche pleine de petite monnaie". un morceau écrit par Peter un soir qu'il n'avait même pas assez d'argent en poche pour prendre le bus et rentrer chez lui. Sur Laboratory of Sound, je ne prendrai que l'exemple de la dédicace de "We'll Never Forget" à Ricky Rothchild, grand ami des Fleshtones et de Keith en particulier, qui a joué avec Willie Loco Alexander, les Real Kids ou les Taxi Boys, mais surtout tenait la batterie au sein de la Love Delegation de Zaremba, décédé depuis peu du SIDA. Une Love Delegation dont on n'entendra plus jamais parler pour des raisons bien compréhensibles. Rien de bien léger dans ces deux examples qui renouvellent un peu l'image qu'on se fait habituellement des Fleshtones.

Pour le petit dernier, Laboratory of Sound, pas plus de cuivres que sur scène, hormis la rare présence de Gordon Spaeth le cinquième Fleshtones qui semble jouer au feu follet avec le groupe depuis deux ans, mais des compos pleines de guitares velues signées Peter Zaremba et Keith Streng, mais aussi, et c'est la première fois, Ken Fox. Pour le choix du producteur, le but était certainement de trouver quelqu'un capable de transcrire cette énergie brute puisque Butch Vig a d'abord été préssenti et que finalement c'est Steve Albini qui s'y colle. Il n'est crédité à sa propre demande que comme ingénieur du son, son travail se limitant à retranscrire ce qu'est le groupe, sans ajout personnel. C'est tout du moins ce qu'il prétend, même si le son de Laboratory of Sound ne peut être confondu avec celui d'aucun autre album du groupe, en opposition totale même avec Forever Fleshtones et sa tonalité "ligne claire" due au travail de Peter Buck.

La séance d'enregistrement semble s'être bien déroulée au goût des Fleshtones, entrecoupée de breaks divers, le temps de voir le film L'Invasion Vient de Mars (Angry Red Planet) et d'en tirer la petite phrase qui ouvre le disque : "To hell with radiations, let's go!". Tout le groupe semble satisfait du résultat, pour ce qui est de la pochette et des relations avec le label c'est une autre paire de manches. Il semble qu'Ichiban Records n'ait rien voulu faire selon les desirs du groupe, à commencer par la pochette. Elle fait hurler Peter Zaremba qui avait concocté une maquette magnifique qui fut refusée au profit de cette espèce d'horreur bi-chrome au lointain rapport avec le titre de l'album et sans le moindre avec le groupe. Le seul élément voulu par les Fleshtones que l'on puisse retrouver sur la pochette est une misérable petite tête de démon verdâtre piquée à la hâte dans les brouillons de Peter. Heureusement le titre de départ a pu être conservé après avoir expliqué aux gens de chez Ichiban que Fleshtones In The Garage c'était peut-être pas si malin que ça. La seule idée qui ait plu au groupe c'est l'ajout d'un morceau numéro 69, reprise de Jimi Hendrix, même s'il était à l'origine prévu pour la face B d'un 45 tours. Depuis leur départ de IRS Records,les relations avec les labels ont toujours été difficiles et cette fois-ci ne fait pas exception, faisant déclarer à Peter : "We are surrounded by idiots!"

Le fan attentif aura repéré, comme sur la compilation Time Bomb et l'album des Full-Time Men, la présence d'un morceau appelé "High on Drugs". La première version était signée Keith Streng. Il l'avait écrite à la suite d'un coup de fil à Peter Buck, qui enregistrait en Angleterre avec R.E.M. et qui lui avait raconté à quel point ils étaient sous l'influence de substances psychotropes et commençaient sérieusement à penser à appeler le disque High On Drugs au lieu de Fables Of Reconstruction. La seconde version, elle, a été écrite par Nathaniel Freedberg, un type de Boston qui fait partie d'Uppercrust le groupe préféré des Fleshtones en ce moment et dont ils passaient le disque avant et après chacun de leurs concerts pendant la dernière tournée.

Pour ce qui est des activités hors groupe. Keith Streng s'occupe de sa petite fille Nascha, nom sous lequel sont d'ailleurs publiés tous ses morceaux. Peter Zaremba quant à lui a récemment participé à l'enregistrement du premier album des Vikings (le groupe de l'ex Chien du Diable Steve Baise accompagné de mercenaires norvégiens de première bourre). De son propre aveu il n'était que l'assistant de Mike Caïti l'ingénieur du son, ce qui n'empêche Peter de vanter les mérites de ce disque rejeté par Crypt Records pour cause d'orientation 70's trop affirmée, avec ses références à Cheap Trick, Joan Jett ou les Bay City Rollers!

Le nouveau Fleshtones est dans les bacs et les nouveaux Fleshtones sont sur scène : SPREAD THE WORD!

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