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| Les Fleshtones | ||
| By Rod Francart | ||
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L'originalité des Fleshtones réside certainement dans l'harmonie et la simplicité de ses membres. Leur bonhomme
de chemin, entamé voilà plus de quinze ans au sein de la Big Apple, n'a jamais recontré la gloire, mais bien mieux,
l'estime. S'excluant eux-mêmes de toute mouvance musicale éphémère, les Fleshtones demeurent une entité issue
d'amours de jeunesse comme les Stooges ou les Yardbirds. Pas de message radical, ni provocations gratuites, les
Fleshtones sont une grosse Fête à eux seuls, mêlant le son, le bon goût et une sacrée dose delire. Né dans un
gratte-ciel de Chicago, Laboratory of Sound renoue fièrement avec cet esprit. Les Fleshtones se font plaisir, nous
font plaisir; du Rock ou rien du tout... Vous êtes de retour en France après plus d'un an d'absence. Ce pays représente-t-il quelque chose de spécial pour vous? Peter Zaremba : Keith est presque Français! Keith Streng : Ma femme est Français. C'est ma principle affinité avec la France (rires)! Sa famille vit à Grenoble, et donc je m'y rends au moins trois fois sur l'anée. J'y suis assez souvent. J'adore venir en France, c'est un pays fantastique. C'est également un endroit formidable pour jouer du rock'n'roll. Bill Milhizer : En général, nous adorons venir dans ce pays, car jouer ici du rock est une bonne chose. Les Français ont une bonne approche de l'esprit rock, et ils sont ouverts à toutes formes de musiques et d'arts. Nous ne sommes pas un grand groupe ici ou ailleurs, mais nous sommes appréciés par un certain public français, ce qui est très bien. Il y a un club célèbre que vous aimez particuliérement à Toul : Chez Paulette... P.Z. : Effictivement, d'ailleurs tous les groupes qui viennent jouer en France devraient passer "Chez Paulette". No seulement c'est une femme à part, mais son club est également une curiosité. Tu penses d'abord jouer dans une ville, mais peut-être n'est-ce qu'une petite ville, voire un village... En fin de compte, ce n'est même pas un village, c'est un bourg... Tu te diriges vers l'entrée des artistes, par une porte derrière le club, et lá tu vois des chèvres, des vaches... C'est réellement la campagne! Pourtant, lorsque tu commences à jouer, le club est déjà plein. C'est un excellent endroit! Parlons de New York, vous en revenez, que s'y passe-t-il de nouveau? B.M. : Il y a à New York une multitude de groupes n'obtenant guère de reconnaissance. Les clubs ont six groupes chaque soir, ce qui fait qu'en certains quartiers de la ville, on peut voir jusqu'à cinquante groupes par soir! Chaque nuit est un festival de rock, un festival de groupes inconnus! Ken Fox : Les gens et les groupes faisant partie de notre génération et que tu peux rencontrer aux barbecues que nous organisons, sont Fred Smith de Television, des membres des Dictators... Quant aux jeunes groupes, nous les fréquentons, mais ne savons pas grand-chose d'eux. Et la fin annoncée des Ramones? P.Z. : Joey est en mauvaise santé. Les Ramones font beaucoup de scène et travaillent dur. Ce n'est pas bon pour lui. Ils sont proches de la fin, mais ça ne va rien changer dans le monde du rock'n'roll new yorkais. C'est un tout petit monde... L'Histoire que les Ramones ont créé tient essentiellement dans leurs débuts. Ensuite, ils n'ont fait que poursuivre leur chemin à partir de cette base. La page a été tourné il y a longtemps déjà, leur musique est aujourd'hui totalement différente. Nous apprécions les Ramones pour leur pureté et ce qu'ils ont apporté. Si tu préfères, on peut prendre l'exemple d'Edison, l'inventeur de l'ampoule électrique. Bien qu'il ait inventé d'autres choses en plus, on en revient toujours au fait historique que représente l'ampoule électrique, la base. C'est la même chose avec les Ramones... À quoi attribuez-vous votre relatif anonymat? P.Z. : La clef de notre manque de succés, et de notre longévité, doit tenir au fait que nous ne jouons pas beaucoup. Par exemple, nous n'avons pas joué cet été, bien que nous ayons sorti cet album. Nous sommes seulement allés une semaine en Californie, nous allons passer une journée dans quatre pays avant de revenir à la maison... Ce n'est vraiment pas une tournée de six mois ou quoique ce soit de ce genre! Revenons à votre dernier album Laboratory of Sound et à votre rencontre avec le producteur Steve Albini, réputé pour son coté "brutiste". P.Z. : Il est effectivement partisan du bruit, du grunge, mais ne travaille que rarement - il nous l'a avoué lui-même - avec des groupes qui enregistrent en format Rythm & Blues avec seulement quatre instruments, comme nous le faisons. Mais c'est un fan, il connaît bien son métier, et nous étions plutôt contents de l'avoir. Je ne dirais pas que Steve peut produire n'importe qui, mais presque! K.S. : La première fois que nous l'avons rencontré, ce fut sur le pas de sa porte où nous lui avons demandé s'il était prêt à faire un CD avec nous. Par la suite, la première fois que nous sommes entrés chez lui, nous sommes tombés nez-à-nez sur Funhouse des Stooges. Nous avons alors réalisé qu'il n'était pas d'une dimension si différente de la nôtre, que nous avions des idées communes. B.M. : Enfin, la première chose qu'il ait dite et qui nous ait marquée fut qu'il ne s'attendait pas à nous voir arriver à l'heure, et il a aussitôt envoyer l'un de nous chercher à manger! Il est le seul producteur que nous connaissions qui investisse une si large part de son budget dans la nourriture pour le groupe. K.F. : Si nous n'avions pas autant mangé, nous aurions fait l'album en deux jours! Comment était l'ambiance lors de l'enregistrement? B.M. : Comme dans un laboratoire sonore, c'est de là que vient le titre de l'album. K.S. : Steve est un scientifique. Il est bien plus qu'un simple producteur. Il est comme un enregistreur, directement connecté à ses consoles. Il fait partie intégrante du studio, n'est que le prolongement direct de ses machines. C'est un véritable magicien de la technique... K.F. : Tue sais, nous avons été surpris par son intelligence, nous plaisantions souvent sur le fait qu'il pouvait sortir des sons à partir d'un mixage entre en cure-dent et de vieux vêtements... B.M. : Et il parlait beaucoup de science à propos de son propre groupe. K.F. : Nous avons même trouvé un article qu'il avait écrit sur les habitudes des primates... C'est un homme d'une intelligence supérieure, vraiment. De lá, très naturellement, Keith a proposé le titre Laboratory of Sound. À l'écoute de l'album, et tenant compte du son brut, un son très rock, on a l'impression que vous avez retrouvé l'essence même des Fleshtones. K.F. : L'idée de Steve était en fait, d'enregistrer la performance du groupe plutôt que de la produire. Il s'est senti très concerné par ce qui allait venir sur la cassette, par ce qui sortait de nos amplis, a veillé à ce que la batterie ne tue pas la voix. Il n'y a pas eu aucun trucages, il a utilisé beaucoup les résonances de la salle où l'on jouait plutôt que d'effectuer des résonances digitales. Comme nous, il est à la recherche d'un son pur. Son unique préoccupation était d'attraper notre son comme il venait, encore à l'état brut. Et, c'est ce qu'il a fait... B.M. : C'est le meilleur son de batterie que nous ayons jamais eu! C'est d'un niveau technique que nous n'aurions jamais pu atteindre sans lui. Il savait vraiment ce qu'il faisait et d'ailleurs, il a insisté pour ne faire qu'une cassette au lieu de deux ou trois habituellement. K.S. : Ça a été rapide, nous avons mixé et fini les dix-huit titres en deux semaines. Pourtant, Steve nous a demandé ce qui avait pris tant de temps. Il fait la plupart de ses enregistrements en trois jours! ...On espère qu'il plaisantait. B.M. : Mais, pour dire la vérité, quand nous avons fini cet album, on se demandait si ce n'était pas une énorme erreur, si on allait pouvoir sortir l'album car, même si philosophiquement nous étions sûrs que c'était l'exacte manière de procéder, car plus honnête, plus pure, nous avons été... Hum... choqués? Puis, nous avons écouté l'album plusiers fois, nous étions tous d'accord, c'était notre meilleur disque. Steve a apporté quelque chose, philosphiquement, dont nous parlions depuis des années : la notion d'un son pur... K.F. : Il est parvenu à sortir le son live parfait que nous recherchions depuis toujours, où rien ne devait être caché. Cela a été très troublant d'y parvenir... Il y a deux ans, Keith évoquait Died Pretty. Les Fleshtones se sont-ils trouvés influencés pour ce nouveau disque? P.Z. : Hum... Laisse-nous y penser. K.S. : Tu sais, ce doivent être les anciens Fleshtones qui nous ont influencés (rires)! Parlons plutôt d'inspiration, alors. B.M. : Ken nous a pas mal aidé, il est arrivé avec de nouvelles chansons. Il fait partie des "jeunes Fleshtones". Masi tu sais, après la sortie de Forever Fleshtones, une grande partie de la presse a déclaré nous trouver plus matures, a trouvé nos textes plus sereins, ce qui m'a vraiment ennuyé, alors nous nous étions dits que cet album aurait un son violent... Mais nous ne sommes jamais vraiment violents, nous sommes des gars sympa! K.F. : Depuis Forever Fleshtones, nous avions de toute façon l'idée de revenir à une base à quatre instruments, du fait de notre maîtrise et d'une confiance croissante. Nous voulions, et voulons toujours, instaurer l'image d'un quartet. Y a-t-il eu des invités de marque sur cet album? B.M. : Quand nous avons fait Laboratory of Sound, nous étions comme dans une capsule spatiale. Nous sommes allés à Chicago où Steve y un studio. En deux semaines, nous n'avons pas quitté cette pièce, n'avons vu personne, bien que nous connaissons pas mal de groupes là-bas. Nous n'avons invite personne à venir jouer sur l'album, à l'exception d'un ou deux proches de Steve, et de Tom Zaluwskyj. Nous avons quand même eu Gordon (Ndlr : Gordon Spaeth, saxophone alto), un des membres original du groupe qui est venu spécialement de New York pour jouer du saxophone, et aussi quelqu'un du groupe Cocktails. C'est tout. K.F. : C'était vraiment une capsule spatiale, nous dormions dans la salle de contrôle où la nuit tous les boutons rougeoyaient. Le matin, nous y prenions notre café juste avant de redémarer. Jamais nous n'avons quitté le studio, cette capsule, en deux semaines. Pourquoi une reprise de Hendrix? P.Z. : Le mythe de Sisyphe a été terrassé! Beaucoup de matériaux qui remontent à loin dans notre histoire ont été repris ici. L'idée de reprendre Hendrix remonte aux origines du groupe, mais jamais nous n'en avions été capables auparavant. Le numéro 69 fait-il référence à quelque chose de spécial? P.Z. : Oui, sûrement, l'anée 1969 est intéressante, c'est "l'anée érotique"! (Ndlr : en Français dans le texte). Nous avons récupére cette idée que la maison de disque nous avait proposée, qu'elle trouvait bonne. Nous avons d'abord été réticents, puis ça s'est fait. À l'image d'un Bowie redevenu conceptual, les Fleshtones voudraient-ils donner un sens nouveau à leur carriére? P.Z. : Non... Non, nous apprenons encore à jouer. Les gens tels que Bowie sont très intéressants mais on a toujours besoin de gens jouant une musique basique, comme nous, et spécialement pour nous, qui y trouvons du plaisir. Entendre du rock primitif est toujours une joie : les émotions, les insanités, le manque d'introspection, ces qualités juvéniles que nous adorons... Vous considérez-vous toujours comme de grands enfants? P.Z. : Non, mais musicalement oui. Nous avons peut-être beaucoup aimé les choses de l'enfance, ce sont des soulagements qui viennent alléger les responsabilités de l'âge adulte. Le meilleur antidote à cet âge adulte dans lequel nous sommes est le groupe. C'est bien miex que de sortir une arme et tuer des passants, ou acheter une voiture de sport et écraser des animaux. Être dans ce groupe est une façon d'avoir une vie moins oppressante, et ce doit en être de même pour ceux qui nous écoutent. Notre public, qu'il soit jeune ou vieux, a des responsabilités, et cela lui permit d'ouvrir une fenêtre. Ce n'est pas un sentiment faux mais bien réel! C'est un façon d'entrer dans un autre espace, une autre sensibilité, ce qui est une bonne chose, pas une mauvaise. La philosophie hédoniste des Fleshtones, "Fais ce que voudras, et continuons la fiesta... reste donc toujours valide. P.Z. : Oui, il y a de ça... Mais il y a aussi un côté sérieux dont nous ne parlons pas beaucoup. Nos chansons sont à propos de la vie, d'un certain état des choses, mais elles ne sont pas sophistiquées; car nous laissons le sérieux à d'autre gens qui en parlent mieux que nous... |
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| © 1995 Rod Francart, Jellyfish. | [ Top of Page ] | |
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