Qui peuvent donc bien être ces types qui modestement baptisent leur musique Super Rock'n'Roll ? Si vous étiez trop jeunes pour suivre les Shadows Of Knight, alors ne manquez pas l'irrésistible ascension de leurs plus dignes émules. Son fuzzy, echo et reverb, les Fleshtones sont là et bien là. Qui donc peut encore s'étonner qu'ils soient américains ?
« American Beat/Critical List »
En l'espace de deux titres, les Fleshtones ont tout dit. Mieux, ils ont tout prédit : le réveil américain, la fin des espérances punk et le véritable retour aux sources du rock'n'roll. Il leur aura fallu deux ans, Marty Thau et Alan Vega pour concrétiser leurs espoirs. Deux années passées à dynamiter tous les clubs NEW YORKAIS et plains d'autres choses encore... La suite, on la devinait... Désormais, nous la connaissons : 'Up Front', 'Roman Gods', 'Hexbreaker'. Les américains les descendent, les français les encensent... Paris et le Palace les accueillent une première fois avec les Dogs, ils reviendront deux ans plus tard à deux reprises et en l'espace de quelques mois. A chaque fois, le groupe déverse des tonnes de swing sur les épaules des spectateurs, final dans la rue ou pas. Et la province ? On y pense aussi savez-vous. Lyon, Montpellier, Genève, Clermont-Ferrand, Rouen... On aurait tord de s'en priver, c'est si bon par ici. Bref, les occasions de les coincer ne manquent pas, pourquoi hésiter ?
Le blindfold test doit être aussi vieux que le monde ou presque. Il fut un temps où il était de bon ton de le sortir chaque fois qu'un nouveau groupe nous débarquait de Canvey Island. Et bien soit, exhumons le une dernière fois et pourquoi pas avec les Fleshtones ? Les autres n'ont qu'à bien se tenir !
Les Rolling stones : Under My Thumb.
Peter Zaremba: Je refuse... Under My Thumb...
Keith Streng: Non, non, ce sont les Vipers (1 fois)
PZ : Un morceau fabuleux ; on se sent très proche de tous ces groupes qui ont fait ce genre de chose : Les Kinks (le groupe a fait 'Til The End Of The Day' pour la balance après que Keith ait réglé sa guitare sur... Hells Bells d'AC/DC ....) Mais d'un autre coté, 90% de la musique des 60's nous laissent tout à fait indifférent. Ce fut une époque tellement prolifique qu'il est dangereux de tout considérer comme des classiques comme le font certains. Ici, ça sonne très Motown.
KS : On est des fans du son Motown.
Les Shadows Of Knight : Shake Revisited.
Tous en choeur: SHAKE, les Shadows Of Knight.
PZ : en fait, c'est suppose être les Shadows Of Knight, mais ce n'est pas du tout cela. C'est leur chanteur et d'autres musiciens, il avait décidé de lui-même de faire cette nouvelle version... L'original est quand même sacrément meilleur, avec les orgues et tout ça...
KS : On le rejoue car on le considère comme une des réussites majeures du Rock'n'Roll.
DMZ : Busy Man.
Keith répond tout de suite après avoir siffloté le riff quelques secondes : c'est DMZ ! heu... Busy Man n'est-ce-pas ? Sur le ep Bomp !, c'est une des premières réalisations bien produites venant de Boston, ceci grâce à Greg Shaw et Bomp ! records. Sur le ep, je pense que le meilleur morceau est la reprise de « You're Gonna Miss Me', qui pour moi surpasse l'original de Roky Erickson, en partie grâce à la voix de Jeff (Conolly, alias Monoman) C'est très stoogien, très bon.
PZ : Et encore, il faut voir ça sur scène, c'est cent fois meilleur ! Jeff est quelqu'un que j'admire et respecte beaucoup.
Losers : Il joue maintenant avec les Lyres...
PZ : On est tous des fans des Lyres...
KS : Ces types sont complètement fous. L'autre jour, ils m'ont invité pour me faire écouter leur dernier disque et sur un morceau du genre 'Louie Louie', ils étaient émerveillés par une erreur de batterie. Ils me disaient que c'était fantastique, que c'était ça le Rock'n'Roll. Aujourd'hui, j'en suis presque convaincu (rires)!... De toutes façons, il y a ce son si particulier à Boston. C'est l'endroit qui nous passionne le plus avec New York, ça bouge vraiment beaucoup là-bas avec tous ces groupes qui n'en finissent pas de naître et d'être bons.
The Cramps : 'New Kind Of Kick'
Chaque membre du groupe reste muet; Keith, qui entrevoit l'humiliation, roule des yeux en direction de Peter Zaremba qui affiche deséspérément un mutisme total...
Losers : Les Cramps, 'New Kind Of Kick'.
KS : Quoi! Où as-tu chopé ce titre?
Losers : Au dos du Crusher ep.
KS : Ah ! C'est très bon.
PZ : Ecoute le bruit qu'ils font...
KS : Tais-toi, c'est génial !
PZ : 'New Kind Of Kick', 'Bad Music For Bad People'... Ce n'est pas que je déteste ça mais je n'en écouterais pas jour et nuit. Là, comme ça ça passe très bien.
Les Zantees : 'Tic, Tac, Toc'.
Personne ne reconnaît la chose.
Losers : Les Zantees !
LS : Non ? Et c'est Miriam qui chante là derrière ?
PZ : C'est excellent. Elle s'en sort très bien. Miriam et nous, c'est une longue histoire ; on lui a dédié notre premier single parce qu'elle croyait en nous et que c'est quelqu'un qui est complètement impliqué dans le Rock'n'Roll. Elle a écrit pour tout un tas de fanzine et a été la première à faire un papier sur nous ; c'était dans le New York Rocker je crois.
KS : Tu vois, c'est une musique qui n'a aucune chance de réussir en Angleterre ; là-bas, on considère le psychobilly comme l'unique forme de Rock'n'Roll , et encore....
Plan 9 : 'Can't Have You'
Le groupe est une nouvelle fois piégé.
KS : Ce sont les Vipers (2 fois).
Losers : Non, c'est Plan 9.
KS : Oh ? C'est vrai ? Je les adore. C'est sur leur nouvel album ?
Losers : En effet.
KS : Ils me l'ont envoyé juste avant le départ pour la tournée européenne. Je n'ai pas pu l'écouter mais j'en ai hâte. Ces types sont capables de faire de grandes choses. J'attend beaucoup de leur part, ils sont si bon...
PZ : Coté R'n'R, New York demeure une scène intéressante. Ceci, quoiqu'on en dise. Un groupe comme les Vipers (3 fois) par exemple, mobilise un tas de gens à chacune de ses sorties ; ils remplissent les clubs, faisant venir chaque fois deux à trois cents personnes. Tu vas me dire, c'est toujours le même noyau de personnes, mais je sais qu'il y a un tas de bons groupes que les clubs proposent régulièrement, de bonnes affiches.
Les Plimsouls : A Million Miles Away.
KS : (jubilant) Peter Case ! Quel grand morceau !
Losers : C'est l'autre face des E.U ?
KS : Je ne pense pas qu'il y ait vraiment de séparation entre la Côte Est et la Côte Ouest. Les gens là-bas nous respectent et nous faisons de même ; peut-être que les rares à ne pas être d'accord avec cela sont les Fuzztones et les Chesterfield Kings.
PZ : Quand les Chesterfield Kings viennent nous écouter jouer, ils repartent toujours en pleurant car ils savent qu'ils n'arriveront jamais à faire ce qu'on fait. Eux, ils se contentent d'acheter des disques 60's et de pomper.
KS : Pas mal de groupes là-bas jouent du psychédélique ou de la high-energy music ; peut-être qu'à New York les gens sont un peu plus originaux, et quand ils viennent jouer par ici, ils sont fortement impressionnés par la réputation de la ville : New York est le berceau du Velvets et de tant d'autres grands ; ces choses ne s'oublient pas...
PZ : Il n'y a pas que NYC et LA aux Etats-Unis. Dernièrement, on a composé un ou deux titres pour un film genre 'Porky' qui s'appellera 'The Bachelor Party'. La musique a également était écrite par REM, qui sont d'Athens, Géorgie et le disque sonne vraiment très bien. C'est d'ailleurs la seule chose positive dans ce film. On joue réellement du Rock'n'Roll aux quatre coins des States.
Les New York Dolls : Chatterbox.
Aucune réponse...
Losers: Les Dolls, Chatterbox.
KS : Hein ? Qui chante ? quand j'étais gamin, je regardais la pochette de leurs disques et me demandais ce qu'ils pouvaient bien jouer comme musique.
PZ : Je les ai vus une fois, à l'occasion d'une fête de Noël organisée par une école. Leurs fringues et le feeling qui se dégageaient de la scène étaient extraordinaires. Je n'ai jamais trouvé que les morceaux avaient une quelconque force mais c'était assurément un grand groupe de Rock'n'Roll.
Losers : Aujourd'hui, vous seriez plus proches de David Johansen que Johnny Thunders...
KS : Vrai, on aime bien ce que fait David. Johnny est dans un trip qui lui est propre, c'est ok, mais...
PZ : Prend en 77, à l'époque, tout le monde était fou de Johnny Rotten, du Clash et de l'explosion punk en Angleterre. Je pensais que ce n'était pas une bonne direction pour le Rock'n'Roll. C'est d'ailleurs le thème de notre premier single, American Beat... « Can you hear the American sound, I don't wanna hear you put it down, I want to her it on the radio in my home town... »
A New York, les punks se nommaient Televiion, Richard Hell, The Ramones et the Dead Boys qui vinrent plus tard et imitaient totalement les anglais ; ce qui est une véritable hérésie.
KS : Fuckin' England !! Elle ne nous mérite pas. C'est le dernier endroit où je voudrais jouer. Plutôt aller en enfer.
Alan Vega : Video Babe.
Personne ne reconnaît.
Losers : Alan Vega !
KS: Oh, non...
PZ : Oui, j'ai ce disque. Tous ses albums ont quelques choses de bon mais sont trop inégaux. Alan peut être très intense.
KS : Avec Suicide par exemple, c'était génial...
Losers : Parlez-nous de Rocket USA (morceau qui figure sur la k7 ROIR où l'on retrouve le groupe accompagnant Alan)
PZ : Notre rencontre avec Alan a eu lieu grâce à Miriam Linna qui le connaissait très bien.
Marek Pakulski (enfin révéillé) : La reprise de Rocket USA n'était absolument pas préméditée. Alan assistait à l'enregistrement et on a jammé avec lui pendant que les techniciens changeaient les têtes des magnétos, c'est tout...
Les Dogs : Charlie Was A Good Boy.
A nouveau rien, mais cette fois, c'est presque excusable.
Losers : Les Dogs.
KS : Eeeh ! Très bon !
PZ : Le son est fabuleux, c'est autre chose que celui qu'ils ont depuis le deal avec CBS...
Losers : Et le Rock français en général ?
KS : J'avais entendu dire beaucoup de bien des groupes français et un soir de relâche, je suis allé au Gibus et suis tombé sur l'un d'entre eux. J'ai été surpris par la qualité du son, mais aujourd'hui, je me rend compte qu'e la plupart d'entre eux essaient de sonner américain et non pas français.
PZ : Civils Radio nous a plu parce que justement, ils sonnaient vraiment français. On peut chanter le Rock'n'Roll en français. Regarde un groupe comme les White Kids, le chanteur essaie de prendre la voix d'un noirs du Sud des USA, d'un type qui sort tout droit du Mississipi et là, je dis non. Les Bandits, les Innocents, se tirent très bien d'affaire en français...
De toutes façons, on aime bien le Rock français, parce qu'ici, les gens ressentent réellement le R'n'R. Ce n'est pas une mode, mais une façon de vivre et cela est très positif.
KS : On aime bien aussi Vilmer Axe ! (rire général)
PZ : Ah oui, on a joué en Suède, on avait ce groupe en première partie, ils chantaient dans leur langue natale et j'ai beaucoup aimé...
Les Fleshtones : 'American Beat 84'
PZ : Tiens, les voix sont trop en avant...
MP : Tu as raison, fuckin' record company !
PZ : Je me demande ce qui s'est passé au mixage...
Losers : Quand on connaît la première version, on ne baigne pas vraiment dans l'enthousiasme.
PZ : Aujourd'hui, nous considérons que cette version correspond beaucoup plus à ce que nous faisons, c'est ainsi qu'on y a mis beaucoup d'écho...
KS : On a eu l'idée au lendemain de notre passage au Palace ; Ce soir-là, sur scène, on avait posé les bases du morceau.
Losers : Puisque vous parlez de concerts, on a l'impression que vous êtes un plutôt groupe à vocation scénique.
PZ : Non, je ne pense pas... Au contraire, j'ai tendance à considérer que nous sommes un grope de studio.
MP : Tout peut arriver pendant nos concerts, du moins, je l'espère. Par exemple, l'année dernière à Paris, nous n'avions pas du tout préparé la sortie dans la rue ; cela s'est fait naturellement.
PZ : Pour revenir au dernier maxi, certaines personnes nous reprochent 'Hall Of Fame' comme ils nous reprochaient 'Roman Gods' et 'Hexbreaker' parce qu'ils trouvent que ça fait trop Disco. Ils ne réalisent pas que c'est ça, le Super Rock'n'Roll !